Le 26 mai dernier, suite à la condamnation d’Alain Solé à
six ans de réclusion par la cour d’assises spéciale au mois de mars, un débat
contradictoire avait lieu devant la juge d’application des peines. Alain Solé,
incarcéré depuis octobre 1999, et son avocate, Me Isabelle Coutant-Peyre,
réclamaient une libération conditionnelle, avec tous les éléments nécessaires.
L’administration pénitentiaire s’y montrait favorable. Mais le parquet général
s’y opposait sous prétexte de ce que la condamnation était
« récente » (après quatre ans et demi de détention
« provisoire »), que cela relevait du « terrorisme » et que
le militant devait à nouveau passer en jugement d’ici quelques mois.
La juge d’application des peines décidait alors de reporter
sa décision au 2 juin. A cette date, elle faisait savoir que le jugement était
reporté au 7 juillet, dans l’attente d’une nouvelle expertise médicale d’une
part, de la demande de l’avis du procureur de Loire-Atlantique (où devrait
s’installer Alain Solé à sa libération) ensuite.
Alain Solé n’a pas reçu cette décision, il en a donc conclu
que cela signifiait le refus de sa libération conditionnelle. Il a décidé de se
mettre en « grève médicale » pour exiger, à défaut d’être libéré,
d’être transféré en Bretagne. Depuis l’envoi de cette lettre, le report du
jugement lui a été informé par son avocate. Mais il est tout de même
intéressant de voir comment une fois encore un homme incontestablement malade
est traité au XXIe siècle dans une prison parisienne. Et l’on peut se demander
s’il est bien normal que la « justice » française omette d’informer
directement le principal intéressé des décisions prises à son encontre…
Voici la lettre envoyée le 3 juin au directeur de la maison
d’arrêt de La Santé par Alain Solé.
Alain Solé
281 892-1D/202
MA de La Santé
M. Raffin
Directeur
Maison d’arrêt de La
Santé (Paris)
Objet : Grève d’insuline
et de traitement cardio-vasculaire afin de transfert
Monsieur le directeur,
Ma demande de libération
conditionnelle examinée le 26.05 a été mise en délibéré le 2.06. L’arrêt ne m’a
pas été notifié par le greffe. Je peux donc penser que ma demande a fait
l’objet d’un rejet et comme d’habitude, cet arrêt me sera remis par l’huissier
du TGI de Paris d’ici quelques semaines.
Pourtant, l’administration
pénitentiaire a émis un avis favorable à cette libération et j’ai, à l’appui,
déposé un dossier de défense bien argumenté démontrant ainsi ma volonté et mon
aptitude à un retour à une vie sociale normale.
L’avocat général, dans ses réquisitions
lors du débat contradictoire, le 26 mai, sous le présidence de Mme le Juge
d’application des peines, a évoqué un procès en assises prévu dans quelques
mois pour lequel je comparaîtrai en procédure correctionnelle. (Dans ce
dossier, je suis « remis en liberté » depuis 3 ans !). Ces
informations n’avaient aucun rapport avec ce débat. Voudrait-on me maintenir en
détention jusqu’à ce procès que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Je vois donc dans ce refus
l’acharnement du Parquet Général représentant l’Etat français, mais aussi
l’application de la justice d’exception à notre égard sous toutes ses formes.
Mon transfert à la maison
d’arrêt de La Santé était prévu pour la durée du procès qui s’est déroulé du 1er
au 26 mars dernier. Les conditions de détention y sont exécrables et ne sont
pas réunies pour contribuer au maintien de mon état de santé général.
L’environnement carcéral préconisé par les experts médicaux et chirurgicaux
prévoit aussi une alimentation saine et équilibrée pour ne pas mettre en danger
le pronostic vital évalué par ces experts et notifié dans les arrêts de la
Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris. Or la nourriture qui nous
est distribuée ici est infecte, les régimes non adaptés et déconseillés par le
médecin en charge du suivi médical de mes pathologies (diabète
insulino-dépendant et cardiopathie), et les produits de cantine non appropriés
à la confection de mes repas. Les analyses médicales ne sont plus équilibrées
depuis mon arrivée ici.
La Chancellerie, en l’occurrence
Mme Marylise Lebranchu, avait déclaré en son temps aux médias et aux comités de
soutien bretons que notre transfert dans des établissements pénitentiaires en
Bretagne sera effectué sitôt condamnés. Son successeur, M. Dominique Perben,
doit avaliser concrètement ces déclarations faites au nom duu ministère de la
Justice qu’il représente aujourd’hui, suite à la parole donnée.
C’est aussi ce que prévoit la
loi dans le cadre du rapprochement familial et c’est aussi une des
revendications principales des prisonniers politiques bretons, basques et
corses (…).
[La suite et la fin de cette
lettre évoquent la décision d’Alain Solé de se mettre en grève d’insuline et de
traitement médical cardio-vasculaire. Il a dû depuis être informé par son
avocate du fait qu’aucune décision n’a encore été prise en ce qui concerne sa
libération.]
Skoazell Vreizh, 04.06.04