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Deux des accusés étaient entendus aujourd’hui 16 juin, Jean-Charles (plus connu sous le nom de Charlie) Grall le matin de 10 h à midi et Bertrand Grimault l’après-midi de 14 h à 15 h 30. Une audience des plus courtes et qui a pourtant reçu plusieurs témoins de la défense et de l’accusation.
« Autonomiste » depuis sa jeunesse, journaliste successivement au Télégramme et à Ouest-France, Charlie Grall a créé avec un camarade journaliste Troadec le magazine Poher Hebdo. Par la suite, il a créé un autre hebdomadaire, « Breizh Info », « dont le rôle est de couvrir toute l’actualité politique de Bretagne ». Suite à Breizh Info est né quelques années plus tard Bretagne Hebdo, qui n’existe plus aujourd’hui.
En 1999, Charlie Grall, omniprésent dans la réalisation de Breizh Info, envisage de modifier la maquette pour relancer son magazine. Un scoop serait le bienvenu pour cette refonte. A cette époque, c’est la trève au Pays Basque. Le journaliste tente donc d’obtenir un interview de l’organisation basque ETA. Il lance divers contacts et obtient de la part d’une femme répondant à son contact à Carhaix un rendez-vous avec un Basque à Lorient le 23 septembre 1999 à 18 heures.
Il s’y rend le jour prévu dans sa voiture, accompagné de Bertrand Grimault, un ami étudiant vivant à Carhaix, qui collabore bénévolement à Breizh Info. Grimault a rendez-vous le lendemain avec de la famille au sud de Lorient, et il envisageait d’y aller en stop. Charlie Grall a par ailleurs donné rendez-vous à 17 h à proximité de la gare de Lorient à Denez Riou, avec qui il discutera de la distribution de son magazine dans le futur Salon de la Bière. Les trois hommes se retrouvent dans un café proche de la gare, discutent, puis se déplacent à proximité de la mairie peu avant l’heure du rendez-vous de Grall avec le Basque qu’on lui a annoncé. Denez Riou et Bertrand Grimault restent dans le café où ils se sont installés pendant que Grall part à la rencontre de son rendez-vous basque...
Ils se rencontrent, discutent, le Basque « ne paraît pas enthousiaste » avec le projet du journaliste, mais « promet de faire monter la demande ». Il demande ensuite de lui indiquer comment joindre une adresse lorientaise. Charlie Grall ne la connaît pas mais lui propose de rejoindre Riou à l’intérieur du café. Ils s’y rendent, discutent... Peu après, Riou repart avec le Basque et Bertrand Grimault, qu'il doit conduire à la sortie de Lorient. Charlie Grall reste au café pour terminer une conversation téléphonique privée, puis il repart à Carhaix dans sa voiture.
Ainsi a-t-il expliqué au juge d’instruction, après son arrestation, puis en ce jour au président de la Cour d’assise comment et pourquoi il s’est retrouvé en ce jour de septembre 1999 à Lorient avec Riou et Grimault, puis avec un Basque qui se trouve être Xapartegi, l’un des cinq accusés du procès.
Lorsque Denez Riou quitte le café où il était avec Charlie Grall, il est accompagné de Bertrand Grimault et du Basque venus rencontrer Grall, qui se trouve être l’un de ceux que Riou attend pour les héberger. Ils retrouvent deux autres Basques et repartent tous dans l’un des appartements (« très sale » précisera Bertrand Grimault) prêtés pour leur hébergement. Peu après, les deux Bretons partent faire des achats de nourriture et de duvets pour installer les visiteurs, avec qui Bertrand Grimault passera la soirée et la nuit. Le lendemain, il repart en stop dans sa famille comme prévu, passe deux jours avec son cousin qui part s’installer en Irlande, puis rentre en train chez lui à Carhaix.
Comment le journaliste a-t-il organisé son contact avec l'organisation basque ETA? Denez Riou et Bertrand Grimault étaient-ils au courant du projet d’interview basque par Charlie Grall ? Comment se fait-il que le contact de Charlie Grall pour organiser son interview soit également l’un des Basques qu’attendait Denez Riou pour l'hébergement alors que c’est en principe par hasard qu’il l’a rencontré au café ? Le président de la cour d’assises n’aura pas de réponse à ces questions. Pour les accusés, cette journée était totalement décontractée. Et l'endroit où ces rencontres ont eu lieu ne vont guère dans le sens d'une opération secrète : le café où le basque et les Bretons se sont retrouvés était à proximité immédiate de la mairie de Lorient, mais aussi de la police et du tribunal...
A l'audience de ce jour, il sera également largement question des jours suivant cette rencontre, lorsque Bertrand Grimault se retrouve seul chez lui. Sa compagne, avec qui il est en relation relativement tendue, est partie en Normandie, où son père est malade et décède alors que Bertrand Grimault est dans sa famille. Il n’assistera pas à la cérémonie d’adieu envers son beau-père avec qui il avait une relation proche.
Christelle, son ancienne compagne, restée son amie, viendra témoigner de cette période difficile pour tous deux, de leur arrestation, de la disparition de son père, ainsi que le cousin de Bertrand Grimault, à propos de sa visite familiale. Cette fois encore, ces deux témoins réclamés par l’avocat général ne recevront aucune question de sa part.
Le matin, deux autres témoins sont venus décrire la personnalité de Charlie Grall, militant politique et culturel très impliqué et très connu à Carhaix : l’ancien journaliste Jean-Charles Perrazzi, co-fondateur du Collectif breton pour la démocratie et les droits de l’Homme,
et Christian Troadec, également ancien journaliste, aujourdhui maire de Carhaix-Plouguer, conseiller régional de Bretagne, vice-président de la commission culture, patrimoine et sport, et vice-président de la communauté de communes du Poher.
A noter que le président du tribunal a bien du mal à reconnaître les noms des accusés… Les noms de Grimault et de Grall ont été régulièrement échangés de l’un à l’autre, comme l’avaient été ceux de Gérard Bernard et de ses co-accusés un jour précédent. D’une manière générale, les noms bretons sont pour lui incompréhensibles. La ville de Carhaix se dit « CarhaiXXX », même après l’interrogatoire du maire, qui a prononcé clairement et souvent le nom de sa ville. Le magazine de Charlie Grall Breizh Info se transforme en « Brecht Info »...
Prochaine audience, vendredi 17 juin à 10 h..
Skoazell Vreizh : 16/06/2005
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