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En ce mardi, c'est l'accusé breton Denez Riou qui était entendu devant la Cour d'assise spéciale de Paris dans le procès du vol des explosifs de Plévin. Mais c'est surtout la police française qui a été mise en doute par l'accusé.
"Vous ne contestez pas être autonomiste ?" a demandé dès le départ le président de la Cour d'assise. "Non, je suis nationaliste", a précisé Denez Riou. "Je veux bien parler du nationalisme breton, même si je ne suis pas venu ici pour cela. Je suis d'abord internationaliste, et cela reconnaît l'existence des nations. (...) Il n'y a pas de nation sans peuple. Il existe un peuple breton, donc une nation bretonne."
Après avoir expliqué sa position par rapport aux associations Skoazell Vreizh et Diwan, au mouvement Emgann et son magazine Combat Breton dont il était directeur de publication, l'association culturelle An Daol Grenn dont il était employé au moment des faits et le Club Glenmor, Denez Riou a eu du mal à entrer dans le vif du sujet. Car le président s'est longuement consacré à la lecture des enquêtes qui faisaient le détail sur les achats de nourritures effectués dans un supermarché et sur la façon dont un restaurant effectuait ses fiches de reçu de factures...
Concrètement, Denez Riou se voit accusé d'avoir organisé l'hébergement des Basques à qui l'on reproche ensuite d'avoir effectué le vol de Plévin. Riou reconnaît avoir organisé leur hébergement, par le biais de deux logements empruntés à des camarades, il reconnaît avoir acheté la nourriture nécessaire pour un temps assez long, d'avoir demandé à un autre accusé de lui trouver une voiture pour les Basques, mais là où le bât blesse, c'est lorsque sont évoquées les affirmations de la police concernant une surveillance théorique effectuée par les RG. Non seulement il ne les reconnaît pas, mais il apporte des preuves des erreurs apportées par les RG : ils assurent l'avoir surveillé plusieurs jours avant l'arrivée des Basques à la gare de Lorient, mais ne reconnaissent pas Bertrand Grimault qu'il rencontre ce jour là comme il l'avait fait auparavant à plusieurs reprises ; il est censé avoir déjeuné à plusieurs reprises dans un restaurant du Moustoir, non loin de Carhaix, dont une fois en même temps que l'accusée basque Perurena, alors qu'il n'y a déjeuné qu'une seule fois, seul, au début de septembre 99 ; un témoin entendu à plusieurs reprises par la police affirme avoir reçu des confidences étonnantes de la part de Denez Riou, qui ne sont guère crédibles une fois reprises par l'accusé ; il aurait été vu avec Kristian Georgeault et un autre homme dans un café à une date où le café est fermé ; on l'aurait vu une autre fois dans un autre bar avec deux autres personnes : ce même jour à la même heure, il était dans un autre bar avec un autre témoin qui l'a prouvé ; les mêmes affirmations policières expliquent que l'accusé Charlie Grall, le jour où il se retrouve avec Denez Riou et les Basques à la gare de Lorient, serait parti ensuite avec l'un des Basques : en réalité, Xapartegi est resté à ce moment avec Riou... "Les mensonges sont évidents. (...) Pourquoi ces mensonges des RG ? Pourquoi la DNAT entre-t-elle dans ces mensonges ?"
Et s'il a reconnu lors de ses premiers interrogatoires avoir téléphoné à un autre accusé pour louer la voiture demandée par les Basques, Denez Riou pensait alors que l'instruction ferait la preuve de ce qu'il ne l'avait pas fait. Manque de chance, l'instruction n'est pas allée jusque là...
Pourquoi a-t-il accepté d'héberger des militants basques ? "Au début des années 80, il m'est arrivé d'aller au Pays Baque. J'ai fait la connaissance de deux jeunes de mon âge, du côté de Biarritz. Peu après, ils ont été enlevés par des policiers espagnols, on les a retrouvés assassinés du côté d'Alicante. Ils avaient été gravement torturés... (...) Quand on me demande aujourd'hui d'héberger des militants basques en Bretagne, l'image de ces deux jeunes me revient. Cela n'est pas lié au fait d'être militant breton. C'est une situation qui peut relever de l'urgence...".
Malgré l'absence du témoin Reun Le Diguerher en raison de problèmes de santé, la preuve a été largement mise en avant du fait que le matin du 28 septembre 1999, au moment où le vol avait lieu à Plévin, Denez Riou était à Lorient, où il organisait une conférence de presse. "On ne lui reproche pas d'avoir été à Plévin", fait remarquer le président. Mais il a été largement précisé les jours précédents qu'un des membres du commando, par ailleurs entièrement recouvert, avait les yeux bleus. Et que justement l'accusé Riou a les yeux bleus...
Denez Riou a ensuite été interrogé sur une lettre ouverte qu'il avait rédigée en avril 2000 suite à l'attentat de Quévert où une jeune femme était morte, suggérant à l'ARB de "cesser ses activités sans attendre (...) car elle a failli à son rôle si le peuple breton est amené à en avoir peur". "Une initiative personnelle en tant que nationaliste breton".
Quelques temps plus tard, "suite à un appel anonyme" d'une personne se présentant au nom de l'ARB, le SRPJ de Rennes trouvait des explosifs d'origine de Titanite. "Cela avait-il un rapport avec votre lettre ?" demande le président. "Cette restitution a été effectuée alors que j'étais en prison. Aucun élément ne me permet de faire un lien formel entre ma lettre et cette décision."
La prochaine audience a lieu mercredi 15 juin à 10 h.
La demande de retrait d'Alan Solé
Plusieurs des accusés du procès actuel ont déjà été jugés au procès de l'ARB de l'année dernière, pour des raisons que les avocats dénoncent comme un double de l'accusation actuelle. Me Isabelle Coutant (Peyre) a été entendue une nouvelle fois aujourd'hui pour sa demande concernant Alan Solé. Dans son intervention, l'Etat français et la justice ont eu droit à une ironie cinglante : "Pourquoi le Pays basque et la Bretagne veulent-ils se débarrasser de la France alors que la France est un pays magique ? (...)" Et de mettre en avant la convention européenne des droits de l'Homme, qui en principe dominent les lois françaises, et qui ne permettent pas de juger deux fois une même personne pour les mêmes raisons.
Or la juge d'instruction Le Vert, "décorée d'une décoration franquiste par l'Etat espagnol", a poursuivi son client en deux fois pour sa participation à une "association de malfaiteurs ayant pour objet de préparer des actes de terrorisme", dans un premier temps sous forme d'une "association bretonne", dans un second temps d'une "association basco-bretonne". "Manipulation", "syllogisme", "violation caricaturale de l'article de la Convention européenne", "tour de passe-passe"... le tout est tombé entre autres sur Alan Solé qui a subi quatre ans de détention "provisoire" et est sorti de prison avec un diabète important. "Vous ne pouvez pas continuer à examiner sa situation devant cette cour", a-t-elle conclu, soutenue par Me Yann Choucq : "Si vous acceptez cette association basco-bretonne, vous serez en contradiction avec ce que vous avez dit depuis le début de ce procès, il n'y a que des Français et des Espagnols". Autrement dit, "c'est le même saucisson mais pas la même rondelle".
Cet incident est mis en délibéré, l'arrêt sera rendu ultérieurement.
Une autre demande a été faite par cette même avocate, pour mettre fin à la présence théorique de SOS-Attentat en tant que partie civile dans ce dossier où aucune tentative d'attentat n'est impliquée.
Skoazell Vreizh : 14/06/2005
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