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Le lundi 13 juin a été consacré à l'audition de témoins basques, cités le matin par l'accusation et l'après-midi par la défense. Journée intense marquée par la présence de nombreux proches des détenus venus en bus (...).
Didier Rouget, docteur en droit et maître de conférence à Paris VIII, a énuméré les manquements de la France en matière des Droits de l'homme, soulignant le fait que la ligne jaune tend à être franchie, des policiers espagnols participant de plus en plus régulièrement aux interrogatoires dans les commissariats français, en temps qu'experts de l'interrogatoire. Il a rappelé que l'Espagne a été condamnée à plusieurs reprises par l'ONU pour les actes de torture pratiqués sur son territoire par les Forces de Sécurité de l'État ; les crimes du GAL, terrorisme d'État impuni en France et dont les auteurs en Espagne bénéficient de remises de peines systématiques, et dont le père d'une des prévenu-e-s a été victime. Il a, en outre, dénoncé les abus de détention provisoire dont sont l'objet les prisonniers politiques basques, trois d'entre eux dans ce procès étant en détention depuis cinq ans et huit mois.
Jean François Lefort lui a succédé. Débordant d'énergie mais aussi de rigueur et de précision, "Lof" porte parole d'Askatasuna (association légale en France mais interdite en Espagne), actuellement en détention sur la base d'un unique témoignage obtenu dans des circonstances restant à préciser, a rappelé qu'il n'y a jamais eu autant de prisonniers politiques basques. Rien que dans les prisons de l'État français, il y a actuellement plus de 150 prisonniers, sur un total de plus de 720. Lof a également rappelé que les prisons françaises tuent , comme ce fut le cas d'Oihane, retrouvée pendue dans sa cellule. Eloignement de leur famille et de leurs proches. Visites restreintes, courrier filtré et censuré, Oihane n'avait pas eu d'autorisation de visite de son compagnon, aujourd'hui sur le banc des accusés. Mais Lof a également insisté sur la nature politique du conflit au Pays Basque et sur le fait que la seule solution pour une paix durable passera par une solution politique à ce conflit dont la nature est politique.
L'émotion du public, contenue jusque-là par la force des choses, a éclatée au moment de son départ: applaudissements vigoureux, public debout le poing levé et Antxoni, la mère d'Oihane, qui se précipite sur Lof pour l'embrasser avant même que les gendarmes aient le temps d'intervenir.
Menace immédiate d'expulsion du public par le Président Jacob. Menace assortie d'un: "ces poings levés, cela me rappelle de mauvais souvenirs". Phrase qu'il répète pour le cas où on ne l'aurait pas bien entendu. (...)
Xabi Larralde prend la suite de Lof et dénonce l'attitude de l'État français qui ne reconnaît ni le Peuple Basque ni sa langue, le refus d'un interprète en langue basque par le Président de ce tribunal en étant une brillante illustration. Le porte-parole de Batasuna, parti politique interdit en Espagne mais légal en France, rappelle les propositions formulées par son parti lors du meeting d'Anoeta en novembre dernier, propositions reprises par ETA. Il a évoqué également le vote des Cortes, à Madrid, et mis en évidence que seul le gouvernement français conservait le silence en poursuivant la répression. Il a enfin insisté sur le fait que le Collectif des Prisonnier-e-s Politiques Basques (EPPK) était un maillon essentiel pour l'établissement d'une paix durable au Pays Basque et demandé au tribunal de prendre en compte ce facteur.
Une fois la séance levée, et au moment du départ des presos, la salle leur a manifesté de façon vibrante sa solidarité par des cris, des slogans, des applaudissements, et a entonné, debout et le poing levé, l'Eusko Gudariak, le chant du combattant basque.
(Extrait du compte-rendu de la troisième semaine par le mouvement SPBL, Solidaires du Peuple basque en lutte, Paris. Son objectif est de "contrecarrer le silence médiatique pesant sur le conflit basque et la lutte du peuple basque pour le respect de ses droits individuels et collectifs, au premier rang desquels figure le droit d'autodétermination." Ce qui passe entre autres par le soutien du "Collectif des Prisonnier(e)s Politiques Basques dans leurs initiatives, et en apportant une aide concrètes à leurs familles".)
Skoazell Vreizh : 13/06/2005
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