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Vendredi 26 mars au matin, la cour d’assises spéciale s’est retrouvée pour écouter les dernières déclarations des onze accusés (dont six en détention) du procès ARB 1993-2000. Au moment d’entrer dans la salle, les visiteurs ont eu la surprise de subir, outre le double filtrage appliqué depuis le début du procès, une fouille au corps systématique. Selon les policiers, ce serait dû au fait que des porteurs de boules puantes auraient été décelés au palais de justice.
La parole a été donnée aux onze accusés. Paskal Scattolin et Stefan Philippe n’avaient rien à déclarer. L’intervention de Yann S. a été des plus courtes : « Je tire une leçon de ce qui m’est arrivé ».
Philippe Jaumouillé s’est déclaré « conscient de ce qui m’arrive ». « J’ai appris à comprendre ce que j’avais commis. Aujourd’hui, j’ai un travail, un enfant, je demande que la cour me donne une autre chance pour poursuivre ma route. »
Alain Solé : « Pendant l’audience, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de m’exprimer. Je suis fatigué, fatigué…
Je lis actuellement un ouvrage intitulé « Le Poum : Révolution dans la guerre d’Espagne » ( Le Poum est le Parti ouvrier d’Unification Marxiste). Durant cette guerre civile, un mouvement de jeunesse catalan, la J-C-I ( Jeunesse Communiste Ibérique) luttait aux côtés du Poum, sur la zone fortifiée du nord de Barcelone.
Parmi le Comité Exécutif de la JCI, j’ai pu lire à ma grande surprise que le cousin de mon père, Antonio Solé, figurait dans la liste. Il s’exila ensuite en Andorre. Pendant quelques années, j’ai pu correspondre avec lui. Il m’a laissé comme mon père, la lutte d’émancipation en héritage. Nous constatons qu’après plus de 60 ans de lutte, la Catalogne est devenue autonome, mais aussi la première économie de l’Etat Espagnol. Elle a aussi, et c’est important, réintégré sa langue nationale en 10 ans à peine. Un bel exemple de réappropriation nationale de ses biens et de sa culture.
La Catalogne, c’est l’Europe. La Bretagne, c’est l’Europe. L’Europe des nationalités, telle que l’on doit la concevoir pour les générations futures. Notre combat est juste, notre militantisme est juste. Et si nous devons encore léguer à nos enfants, à nos petits- enfants cette lutte légitime, ce ne sera que pour parvenir, même dans 60 ans, à l’aboutissement de nos revendications nationales. »
Solenn Georgeault : « J’aime la Bretagne et tous ses gens. Je suis journaliste pour donner la parole à ses gens être leur relais.
Mon père est quelqu’un d’exceptionnel. Quant à Arno, je l’aime parce qu’il est vrai, généreux, doux, attentionné… A ses côtés, j’ai appris à accepter les gens comme ils sont. Il est modeste et je l’aime. Je veux rentrer avec lui en Bretagne ce soir. »
Arno Vannier : « C’est un gâchis. La violence n’est pas la solution, puisqu’elle engendre la souffrance. Mon avenir ? Je suis en formation dans le métier de l’audiovisuel, et ce métier, je l’ai découvert à La Santé. Je commence à travailler. Voilà, c’est tout… »
Jérôme Bouthier : « Depuis deux ans et demi, chaque matin, je me lève et je me demande ce que je fous là. On m’a volé deux ans et demi de ma vie. »
Les personnes qui prenaient note de ces déclarations au nom de Skoazell Vreizh ont eu du mal à entendre l’intervention de Paskal Laizé, qui ne parlait pas toujours dans le micro. Cette citation est donc une synthèse. Il s’est tout d’abord adressé à la famille de la jeune femme morte dans l’attentat de Quévert, Laurence Turbec, pour compatir de leur douleur, en leur affirmant : « Les coupables ne sont pas dans le box. » Il s’en est ensuite pris au juge d’instruction « qui veut faire croire que les coupables étaient dans le box ». Après quatre ans d’emprisonnement et « l’impression de vivre en inquisition », il affirme « encore plus aujourd’hui sa position de rupture et ne renie surtout pas son indépendantisme ».
Gaël Roblin : « J’ai 32 ans. Un dixième de ma vie s’est déroulée en prison sans procès. La prison, c’est un concentré de misère. Cela endurcit. En tout cas, on apprend à ne pas manifester sa douleur. » Il transmet son admiration à la famille Turbec pour sa dignité. Et il précise : « Je suis innocent, je ne connaissais même pas Quévert. »
Il affirme sa colère contre « certaines personnes qui connaissent bien le droit et qui ont choisi une ligne de front : ma culpabilité. » « En prison, on s’attend à tout. Alors on rassemble ses convictions pour se protéger. » Il dénonce le fait d’être jugé coupable sans l’ombre d’une preuve. Il parle de « frissons, de terreur. » Il éprouve beaucoup de peine pour sa famille.
« Monsieur le procureur, votre discours me fait penser à la sorcellerie qui jugeait deux types de population. Les innocents qui ne peuvent rien prouver : c’est redoutable. Les hérétiques, ceux qui ne pensent pas comme il faut. Moi je ne renierai pas mes idées. Je n’ai pas de haine, Monsieur le président. Quant à mon avenir, la première chose, la plus importante, c’est de dissiper les cendres de mon père, qui m’a appris à savoir qui je suis. »
Kristian Georgeault : « Je comprends la douleur de la famille Turbec, mais je n’ai rien à voir dans cette affaire. » Se tournant vers le président et les jurés professionnels de la cour d’assises spéciale, il demande « qu’on me juge pour les faits commis, mais pas sur des hypothèses. »
L’audience a été clôturée à 10 h 30, la cour s’est retirée pour délibérer. Les cinq accusés libres ont été conduits dans la salle des témoins où ils resteront sous surveillance jusqu’au verdict.
SK VZH : 26/03/2004
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