Page d'accueil Skoazell Vreizh  KANNADIG SKOAZELL VREIZH - n°7
BULLETIN D'INFORMATION DE SKOAZELL VREIZH

Septembre 2000


Comment la France "soigne" les détenus bretons


  Deux des neuf prisonniers politiques bretons doivent suivre des traitements médicaux particuliers. Alain Solé est diabétique, Paskal Laizé souffre des séquelles d’un accident de la route qui lui a brisé les deux rotules. Ce ne semble pas être une priorité pour leurs geôliers...

Comment la France soigne les détenus bretons   Lorsqu’il a été arrêté, le 2 mai dernier, Paskal Laizé, de Fougères, suivait un traitement régulier de kinésithérapie. Il a fait part de sa situation au juge, avant d’être incarcéré à La Santé, à Paris. Là, il a attendu plus de deux mois avant d’être examiné par un médecin spécialisé en chirurgie orthopédique, qui lui aurait indiqué qu’il devra subir une intervention chirurgicale, sans préciser dans quel délai. Et il lui aura fallu attendre quelques semaines supplémentaires pour recevoir enfin le traitement de kinésithérapie indispensable à sa rééducation.

Comment la France soigne les détenus bretons   

  Alors qu’il éprouve les plus grandes difficultés à se déplacer - ce qu’il fait avec une béquille - les autorités pénitentiaires n’ont rien trouvé de plus intelligent que de l’installer dans une cellule au troisième étage.

  Skoazell Vreizh a écrit à la directrice de l’administration pénitentiaire et à la juge Le Vert pour attirer leur attention sur la situation de Paskal.

 

  Une lettre de Paskal Laizé

“Demat, Per, ker karr-e-vro”
(...) Je commence des séances de kinésithérapie. Je commençais à ne plus y croire. Apparemment, j’aurai des soins jusqu’à ce que mon état de santé soit redevenu correct. (...) Le moral est d’acier et pas près de fléchir. Autrement, ici, les jours se ressemblent, on s’occupe comme on peut. Pour ma part, je milite à ma façon du fond de ma geôle, en envoyant des caricatures à Breizh Info, Combat Breton... La nourriture est toujours aussi exécrable. Depuis mon entrée dans leurs geôles, j’ai perdu 13 kilos. Il est vrai que j’avais des réserves...”

La Santé, 15/07/2000

“(...) Suite à un article envoyé au mois de juillet à Breizh Info, dans lequel j’expliquais mon état physique et mes demandes successives de soins pour mes jambes, qui restaient sans réponse, j’ai été convoqué par le service médical. Après quoi mon traitement a pris effet. Je me permets de douter du hasard de la chose ! (...) On m’a accordé deux autorisation, l’accès à la salle de mise en forme et les cours informatiques. Je suis passé voir le juge Thiel début juillet (...). Breton toujours, Français jamais. Bevet Breizh.”

La Santé, 13/08/2000


La “sécurité” avant tout !

  Autre situation scandaleuse, celle d’Alain Solé. Diabétique chronique, il a été incarcéré le 4 octobre dernier. Alors qu’il devrait pouvoir faire trois tests “dextro” par jour afin d’adapter en fonction des résultats la dose d’insuline qui lui est nécessaire, il n’en avait que 2 à 3 par semaine à la maison d’arrêt de Villepinte. Lors de son audition par le juge d’instruction, début décembre, il lui avait signalé l’insuffisance de suivi médical dont il était victime. Sans résultat.

  Le 16 décembre, il était hospitalisé en urgence à l’hôpital des prisons de Fresnes. Le juge, sa famille et son avocat n’en ont été avisés que quatre jours plus tard. “Cette affaire”, écrivait Skoazell Vreizh à l’époque, dans un courrier adressé à Elisabeth Guigou, ministre de la Justice, “donne la mesure de l’application du droit à la santé à des personnes présumées innocentes au pays des droits de l’Homme”.

  A Fresnes, les médecins rétablissaient Alain Solé grâce à une adaptation des doses d’insuline. Réincarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes, il se voyait remettre le nécessaire pour effectuer les tests “dextro” et s’injecter l’insuline en fonction des résultats.

  Mais retour à la case départ : Alain Solé a été renvoyé à Villepinte, où on lui a retiré son matériel pour des raisons “de sécurité”, les seringues (en fait, des stylos injecteurs) pouvant servir à un autre usage ! Et il se retrouve à nouveau avec des doses fixes d’insuline, ce qui ne convient pas du tout à son cas particulier.

  A la demande de Skoazell Vreizh, de nombreux parlementaires bretons sont intervenus auprès des autorités françaises :

  • Jacqueline Lazard, député du Finistère
  • Yvon Abiven, député du Finistère
  • François Cuillandre, député du Finistère
  • Jean-Noël Kerdraon, député du Finistère
  • Gilbert Le Bris, député du Finistère
  • Philippe Nogrix, sénateur d’Ille-et-Vilaine
  • Jean-Michel Boucheron, député d’Ille-et-Vilaine
  • Jean-Marc Ayrault, député de Loire-Atlantique
  • Pierre-Yvon Trémel, sénateur des Côtes d’Armor
  • Charles de Cossé-Brissac, sénateur de Loire-Atlantique.

  La réponse d’Elisabeth Guigou tend à démontrer que tous ces gens s’inquiètent pour rien. Alain “fait l’objet d’un suivi médical régulier”. Sa “prise en charge médicale (...) s’est poursuivie normalement” à Villepinte, “même si le traitement a été modifié”. “L’hospitalisation de M. Solé n’a été que l’aboutissement prévisible de l’évolution de sa maladie, qui a nécessité la mise en place d’une thérapeutique plus lourde, et non le résultat d’une carence de soins médicaux”.

  Et si sa famille a dû attendre quatre jours avant d’être informée de son hospitalisation, c’est la faute des services hospitaliers qui auraient dû le faire, et non de la pénitentiaire, irréprochable bien sûr.



Edito Kannadig N°7 Table des matières du Kannadig N°7 Lettre à l'administration pénitentiaire et au juge Le Vert

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