Les Prisonniers jugent la prison
Comment vivent-ils ? Quel est leur quotidien ?
De quoi ont-ils besoin ?

1er Avril 2000


  Nous avons demandé aux prisonniers politiques bretons de nous raconter concrètement comment se passent leur journées en prison, point par point. Parce que la prison, nous ne devons jamais l'oublier, nous qui sommes libres, ce n'est pas que d'être enfermé toute la journée. C'est aussi être séparés de ceux que l'on aime, dépendre de l'autorité de l'administration et de ses représentants pour la moindre chose qui, à l'extérieur, va de soi.

La vie en prison, Les Prisonniers jugent la prison   L'hygiène

  Trois douches par semaine à Fresnes, et Bertrand Grimault a dù se bagarrer pour la prendre après son footing et non avant ! Trois douches hebdomadaires également à Villepinte. Propreté très approximative des lieux.


le quotidien des prisonniers, les Prisonniers jugent la prison   La nourriture

  «Relativement équilibrée, pas très bonne (pas assez cuite, fade, de mauvaise qualité) et souvent froide» à Fresnes. Pour manger chaud, avoir du rab de pain ou simplement avoir le plat du jour en quantité suffisante, il faut être au début du service.   «Une nourriture froide et exécrable» à La Santé.   «Infecte» à Fleury-Mérogis. «Les menus ne sont pas équilibrés, ils sont faits en dépit du bon sens, Ies légumes frais sont rares, et les plats arrivent froids à 90 % des repas».   «Chauds, en quantité suffisante et mangables» à Bois d'Arcy.


la vie dans les prisons françaises   Le courrier

  Double censure de la juge et de la prison, et le courrier arrive avec souvent un décalage de plusieurs semaines. Idem pour le courrier écrit par les prisonniers.
Les journaux et revues arrivent normalement s'ils sont envoyés sous forme d'abonnement. Problème s'ils sont envoyés sous pli personnel par les familles et amis.
Guérillas entre l'administration et certaine prisonniers (Fleury, Bois d'Arcy) autour des articles et des. photocopies d'articles ou de textes divers que l'administration censure sans aucune justification juridique.


Vie en prison : les gardiens de prisons   Les surveillants
  «Respect mutuel» en principe, mais parfois nécessité de hausser le ton pour se faire respecter. «Certains gardiens ;«cherchent» et abusent de leur pouvoir : réprimande pour avoir chahuté dans la cour, parlé dans les coursives, confiscation d'une balle de tennis ayant tapé contre un mirador !», raconte Bertrand Grimault. Certains (souvent Bretons) ce montrent sympathisants.


Le quotidien en prison   Les activités

  Il faut savoir que les détenus sont enfermés en cellule toute la journée (22 ou 23 heures sur 24), ne sortant que pour les deux promenades quotidiennes, les parloirs famille ou avocats, la visite médicale et les convocations au palais de justice. A eux de s'occuper le reste du temps dans quelques mètres carrés (lecture, radio, télé). D'où l'importance des activités... quand il y en a !
A La Santé, Arnaud Vannier a la possibilité de participer à des activités : revue de presse, atelier video, conférence-débats. Gérard Bernard à Fleury essaie de s'inscrire à un cours de breton par correspondance. A Villepinte, aucune action d'aucune sorte. A Bois d'Arcy, Denez Riou a fait des demandes pour suivre des cours, pas de réponse.


la prison et les soins médicaux   Les soins médicaux

  Bertrand Grimault a dû attendre plus d'un mois pour être examiné lors de son incarcération. Pour aller à une radio de poumons à l'hôpital des prisons, à 300 mètres de la prison, en fourgon cellulaire, il a été enchaîné et entravé aux pieds.
Gérard Bernard, insomniaque sous traitement, a attendu plus de quinze jours pour obtenir un traitement. En quatre mois, il a vu le médecin une seule fois. A Villepinte, il a fallu l'intervention de Skoazell Vreizh et des avocats pour qu' Alain Solé reçoive les soins appropriée à son état de santé (voir Kannadig n°4). Il semble que le service médical de cet établissement (privé) laisse particulièrement à désirer.
A Bois d'Arcy, trois jours d'attente pour soigner un blocage du dos, encore Denis Riou n'a-t-il été soigné que grâce à la bonne volonté d'une infirmière qui avait terminé son service. Le même réclame depuis trois mois de voir un ophtalmo, pas de réponse.


la prison et les visites   Les visites

  Trois quarts d'heure trois fois par semaine à Fresnes et à La Santé, une demi-heure à Fleury-Mérogis et Villepinte, uniquement en semaine dans certaines divisions.
Dans certains cas (mais c'est une tolérance), possibilité de parloirs prolongés (d'1/4 d'heure ou 1/2 heure) si la famille vient de loin et peu souvent (ce qui est le cas des familles bretonnes).


Le statut (non reconnu) de prisonnier politique   Le statut (non reconnu) de politique

  Les prisonniers politiques ne sont pas reconnus en tant que tels mais sont systématiquement placés sous le régime «détenus particulièrement surveillés» : changement régulier de cellules, fouilles plus nombreuses, interdiction de se déplacer seul dans l'enceinte de la prison, contrôles de nuit avec la lumière, déploiement de force impressionnant pour les transferts au palais de justice et mesures contraignantes (cinq à sept fouilles à nu et les menottes en permanence)...
Seul avantage (en principe, mais pas tous) : une cellule individuelle. Ce que réclame Arnaud Vannier.
A Fleury, au bout de trois semaines, Gérard Bernard a obtenu d'être regroupé avec des prisonniers politiques basques et kurdes. Mais la juge interdit à Alain Solé d'être au contact des détenus basques de la prison de Villepinte. Même problème pour Denez Riou à Bois d'Arcy.




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