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Des Bretons et des Basques venus soutenir les accusés, leurs familles, de nombreux journalistes de la presse écrite et audio-visuelle et de plus nombreux policiers… l’ouverture du procès de Plévin a commencé au palais de justice de Paris dans une salle totalement occupée, mais sans incident. Outre les cinq Basques en détention « provisoire » depuis cinq ans et huit mois, et les deux Bretons détenus suite à leur condamnation du procès de 2004, Kristian Georgeault et Arno Vannier, la première surprise du procès a été de trouver à leurs côtés un autre accusé du procès remis en liberté sous contrôle quelques semaines après son arrestation en 1999 : Richard Le Faucheux. N’ayant pas respecté les obligations de sa libération, et notamment ne s’étant pas présenté auprès du président de la cour d’assise spéciale comme les autres accusés début avril, il a été remis en détention à Fresnes voici une semaine.
Les sept autres accusés bretons, jugés libres, se tiennent devant le box des accusés détenus, avec leurs avocats. Face à eux, se tient le jury de la cour d’assise spéciale, constitué d’un président qui a lui-même choisi les sept autres magistrats – en l’occurrence deux hommes et cinq femmes - présents en tant que jurés.
Et leur premier débat s’est porté sur la demande des Basques de s’exprimer dans leur langue, et par l’avocate de leurs accusés de disposer d’un traducteur de la langue basque et non pas espagnole comme c’est le cas de l’interprète présent au procès. Pour l’avocat général, cette demande n’est pas applicable, notamment parce que « si la langue basque existe, la nation basque n’existe pas, et c’est la revendication d’un mouvement terroriste. » Les avocats de l’ensemble des accusés ont eu beau jeu d’intervenir pour faire remarquer que l’Etat espagnol lui-même reconnaît la langue basque comme officielle. Ce qui n’a cependant pas empêché le président, après une délibération du jury, de refuser cette demande.
Immédiatement après cette demande, se préparant à interroger les accusés l’un après l’autre, il a demandé à ce que les détenus soient répartis dans un sens précis : « les Basques à gauche du site, les Bretons à droite ». « Je croyais qu’il n’y avait que des Espagnols et des Français ? » s’est étonné un avocat…
Les aléas des témoins
Une fois effectués le repère de l’ensemble des accusés et de leurs avocats et une discussion concrète sur l’organisation des journées de procès (l’un des accusés bretons n’ayant rien eu à déjeuner avant l’ouverture du procès à 13 h, les autres accusés n’ayant eu que des « croûtes plastiques immangeables »), le président a fait le point sur les témoins à venir.
Côté partie civile, l’entreprise Titanite et ses salariés victimes de l’intervention du commando venu voler les explosifs en septembre 1999 sont représentés. En revanche, l’association SOS Attentats n’était pas présente à l’ouverture du procès.
Une longue liste de témoins d’accusation et de défense a suivi, avec pour chacun d’eux la date et l’heure de son intervention. Certains de ces témoins convoqués à la demande de l’accusation ou de la défense sont absents sans explication, d’autres avec des explications médicales plus ou moins crédibles, et notamment plusieurs dont le témoignage est à l’origine de l’accusation d’au moins deux Bretons.
Mais le témoin dont l’absence a été la plus vivement remarquée est l’ancien super-patron de la police « antiterroriste », Roger Marion. A la fin du mois de mai, l’huissier venu lui déposer sa convocation à son site de travail s’est vu refuser tout accès dans un premier temps par l’hôtesse d’accueil, et s’est ensuite fait tout simplement virer par le responsable de la sécurité. Les avocats ont suggéré qu’un mandat d’amener lui soit transmis comme à tout témoin contestataire, en faisant remarquer le respect du procès qui lui était dû…
Suite à une autre délibération en fin d’après-midi, les juges de la cour d’assise spéciale ont contesté une longue et précise démonstration effectuée par Me Choucq et renforcée par l’ensemble des autres avocats, sur la remise en cause du tribunal en raison de l’opposition entre la loi européenne relevant des droits de l’Homme et une telle cour d’assise dont les jurés sont des magistrats professionnels qui ne peuvent être récusés contrairement aux jurés ordinaires d’une cour d’assise ordinaire. Contrairement à la demande des avocats, les juges ne se sont pas retirés du procès…
Cette intervention a été suivie par la lecture en français, pendant une demi-heure, par une accusée basque, de la déclaration publiée par ETA en février dernier en proposition du règlement du conflit basco-espagnol. A la suite de quoi le président du tribunal, en souriant, a fait remarquer que « la cour d’assise spéciale n’empêche pas aux accusés de s’exprimer librement… ».
Vers 19 h, le président du tribunal a demandé que commence pendant une heure la lecture de l’ordonnance de mise en accusation du 26 septembre 2003. Une greffière a entamé ce long récit, démarrant le 28 septembre 1999 à Plévin, où un commando armé effectue un vol d’explosifs en s’en prenant à quatre chauffeurs sur place. L’intervention du commando, leurs échanges en français avec ou sans accents différents, leur départ du site, la découverte d’un premier fourgon plein d’explosifs volés à quelques kilomètres de Plévin le lendemain, les arrestations et les recherches effectuées dans la banlieue de Pau ce même lendemain… la lecture s’est soudainement arrêtée au moment où une magistrate jurée s’est effondrée de son siège suite à un malaise. Il était 19 h 40, l’audience a été suspendue immédiatement.
Le procès reprendra jeudi 2 juin à 10 h pour la suite de la lecture de l’acte d’accusation. Il sera suspendu vendredi 3 juin et lundi 6, pour reprendre le mardi 7 juin à 10 h.
Skoazell Vreizh : 02/06/2005
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