Arrivé à Paris, en attendant d'être présenté au juge, vous êtes enfermé au Dépôt, dans les sous-sols
du Palais de Justice, pour de longues heures. Le Dépôt contribue aussi à l'affaiblissement
de votre résistance psychique: c'est un lieu immense, vieux, sombre, sale, bruyant carcéral,
où vous êtes enfermé avec des délinquants de tous ordres. Comme au commissariat, vous
attendez... Ce temps qui passe compte pour vous mais pas pour ceux qui vous détiennent.
Pour eux, c'est absolument normal. On vous emmène à "l'identité" : chaque doigt, puis
les mains entières dans l'encre, photos. L'identité, c'est aussi le viol de la vie privée, de
l'intimité, votre image entre dans les fichiers de la P.J.
Ambiance du dépôt : cris, jurons, appels des toxicomanes en manque, bruits métalliques des clefs, des
portes, des passerelles. Les surveillants sont indifférents à votre sort : leur travail, c'est d'ouvrir
et de fermer des portes, de vous conduire d'un point à un autre. On parle de vous, devant vous,
à la troisième personne... c'est toujours ce processus pour broyer, déshumaniser.
Au dépôt, le sort des femmes est un peu meilleur que celui des hommes : cellules individuelles un peu
plus propres et présence de religieuses offrant un mot de réconfort, un sourire.
Mais indiscutablement le dépôt sent la crasse et la misère humaine.
Pour rejoindre le lieu de votre incarcération, vous êtes transporté en fourgon cellulaire. Ces
conditions de transport sont extrêmement pénibles. Essayez de vous décontracter au maximum,
de bien vous caler dans le box pour ne pas avoir la nausée (le fourgon peut desservir plusieurs
maisons d'arrêt et le trajet peut durer plus d'une heure).
Lorsque vous arrivez en prison, dites-vous que vous arrivez quelque part où vous pourrez vous
laver, dormir, écrire, récupérer vos affaires. Ce n'est pas du luxe, ni le meilleur des lieux,
mais il faut savoir que vous allez commencer à récupérer physiquement.
Mais avant cela, vous prenez connaissance avec le système carcéral, impersonnel et humiliant.
Là aussi vous entendez parler de vous à la troisième personne, on ne s'intéresse pas en premier
lieu à la cause de votre incarcération, vos affaires personnelles sont répertoriées et examinées
une à une, on vous fait vous déshabiller entièrement. Il faut savoir qu'en prison, on se
déshabille souvent devant des inconnus (à chaque visite, chaque déplacement individuel, pour
des fouilles impromptues, à la douche collective) ; les vêtements, sous-vêtements, cheveux sont
examinés. Lors des déplacements "normaux" (promenade, visite administrative ou médicale), vous
êtes chaque fois palpé, mais non fouillé.
Encore un point : le premier ou le deuxième jour de votre incarcération, vous êtes examiné par
le médecin de la prison. Vous pouvez commencer à restaurer votre dignité mise à mal en refusant
les examens et surtout les anxiolytiques et somnifères qui sont proposés.
Le passage dans la "grande essoreuse" que constitue l'ensemble garde à vue, dépôt, transferts est
terminé. Il s'agit maintenant de récupérer, d'essayer de faire positivement le point afin
d'appréhender au mieux la suite des événements et le monde carcéral.
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